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Ectoplasme. [Challenge01] [French]

Challenge01 : One picture + One week + One word (Ectoplasme) 

Philipp Schleiden et l’équipage d’un fier deux-mâts avaient levé l’ancre 5 jours auparavant, ces derniers avaient dû quitter le port du Havre en toute hâte après que le Professeur Schleiden, car il était de notoriété publique de le nommer ainsi, avait reçu un télégramme des plus énigmatiques en provenance d’un certain Dr H.Harward qui répondait au titre de Director of the Transatlantic Observatory of Boston, Massachusetts.  Ce voyage, pour ce biologiste berlinois, était le premier à destination des côtes américaines. De « voyage » cette expédition n’en avait d’ailleurs que le nom, puisque cette croisière tenait en effet plus du périple que de la balade de santé. Tortueux, pénible, éreintant voilà les adjectifs les plus courants qu’il avait entendu quand il eut le malheur de s’informer de la nature de son trajet à venir auprès de quelques marins chevronnés. Seulement, cela faisait déjà près d’une semaine qu’ils avaient quitté la terre et le soleil de plomb au-dessus de leurs têtes sous lequel ils avaient laissé la France était toujours là, et le Professeur Schleiden commençait à se demander s’il ne s’était pas laissé prendre au jeu des marins, qu’on connaît pour n’être jamais avares de grands mots et grandes formules. La seule crainte qui l’habitait à présent était celle de n’importe quel homme ou femme un jour embarqué au milieu de l’océan, celle de s’apercevoir de l’immensité abyssale qui l’entoure, cet azur s’étendant de toute part à l’horizon, un tombeau aqueux où personne ne vous entend crier. Et pour la première fois depuis son départ il en vint à penser à son confortable appartement berlinois, à sa quiétude et sa sûreté.

Il était près de minuit, le professeur essayait tant bien que mal de terminer son chapitre sur une de ses dernières trouvailles scientifiques « […] la découverte d’une partie non fluide entourant le cytoplasme d’une cellule dite l’ectoplasme »,  quand il ressentit une légère secousse qui vint renverser une partie de son encrier sur la planche qui lui servait de table dans son étroite cabine situé dans la proue du navire. Il pesta. Puis tomba. Cette fois-ci la secousse avait été beaucoup plus intense que la première. Il entend alors au-dessus de lui l’équipage hurler en français. Bien qu’il ne connaisse que peu la langue de Molière, il comprend au ton employé que quelque chose vient de se produire. Viendrait-on d’heurter un débris ? Une fois relevé, il décide de monter en hâte sur le pont. Un véritable capharnaüm, un tintamarre du diable, les hommes se précipitent de part en part du pont, soudain il en aperçoit un, armé d’une longue lance dont la pointe est munie de crochets, il reconnaît l’instrument instantanément : un harpon ; celui-ci lui paraît énorme, quel genre de poisson peut-on bien pêcher avec une telle arme. Il se surprend par sa naïveté « Mais bien sûr… ». Un geyser d’eau de plusieurs mètres apparaît à l’avant de la proue,  les hommes se précipitent. Rien. Plus rien. Le silence se fait. Les hommes observent à l’aide de leurs lampes à pétrole la surface noire de l’océan. La peur se lit sur leur visage. Philipp n’entend alors plus que sa respiration haletante, lui aussi à peur, pour être honnête il est terrifié. Le silence est alors rompu, un bruit assourdissant, roque, comme s’il venait tout droit des entrailles de la terre les entourent. Un homme d’équipage plaque Philipp au sol, le côté bâbord du navire se soulève en dehors de l’eau, entraînant les hommes dans la partie tribord du bateau. On a à peine le temps d’entendre le bruit du bois se fissurer que déjà le silence est revenu. On se relève tant bien que mal, sous le choc « Là !! A quatorze heures capitaine ! » Un robuste bonhomme s’empare du harpon des mains de l’un de ses hommes, ajuste son tir et décoche. Le temps est alors suspendu et se sont des cris de bonheurs, des hourras de toutes sortes qui s’élèvent du pont : « Quel tir Capitaine ! » « Admirable ! » « A mort ce monstre ! », le capitaine lui n’a pas encore pris part à l’euphorie ambiante, il a déjà réarmé son arme et tire une seconde fois. Il fait mouche. Encore. Cette fois-ci l’animal ne semble plus bouger. Philipp est encore lui sous le choc. Il observe la dépouille du mastodonte.  L’écume dégagée mélangée au sang de la bête donne une teinte rosâtre au géant des mers. Une baleine rose. Dans son dos, on porte le capitaine en héros, on chante à sa gloire jusqu’à ce qu’un matelot  accoure sur le pont en provenance de la cale. « Capitaine ! Capitaine ! On prend l’eau là-dessous ! » Les visages se referment et déjà tout le monde sait ce qu’il doit faire, les hommes se hâtent à la tâche, on tente de sauver le maximum de vivres, de colmater la brèche aussi rapidement qu’efficacement et après quelques heures le calme est revenu. Le professeur bien trop inexpérimenté est lui resté sur le pont, sa pipe au bec, il ressasse sans arrêt les dernières heures. Il revoit la dépouille de la baleine se perdre à l’horizon sous la teinte blanchâtre de la Lune, l’odeur du sang est encore là, le bruit émis par la bête au moment de mourir toujours en lui. Il décide de retourner à ses écrits, peut être le seul moyen pour lui à ce moment précis d’oublier. Mais quand il arrive dans sa cabine il constate que celle-ci est encore à moitié inondée, plusieurs de ses schémas, dessins, écrits flottent autour de lui. Un en revanche attire son attention, il est la raison de sa présence ici, un télégramme des plus énigmatiques en provenance d’un certain Dr H.Harward qui répond au titre de Director of the Transatlantic Observatory of Boston, Massachusetts.  

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